Descartes : pour douter il faut avoir une idée d’infini Je ne peux avoir conscience de douter si je n’ai pas l’idée d’un infini de vérité sur lequel je peux déterminer toutes choses. Seul un être doué de pensée est capable de se savoir fini. Quand Descartes dit » je doute », il se sait fini. Pour se savoir fini, il a à l’origine l’idée de l’infini correspondant. C’est une certitude pour lui. Se savoir fini implique que la raison a un rapport à l’infini. La raison finie se caractérise par le fait qu’elle a préalablement en elle une affirmation de l’infini. Je ne peux penser en moi une limitation que parce que ma pensée a, avant, en moi, une affirmation.
Descartes, Leibniz, Kant : la raison a pour exigence l’infini La raison n’est ni dans le fini ni dans le conditionné. Elle ne se satisfait pas du conditionné. Le lieu même de la raison est l’inconditionné ou infini. La situation de la raison est d’être le rapport à l’infini même.
Philosophie moderne : l’infini, le propre de la raison En philosophie moderne, la raison est à la fois scientifique, discursive et anhypothétique. Elle est utilisée pour un usage discursif, elle détermine les sciences de la nature. Elle établit aussi un objet qui lui est propre, l’inconditionné ou infini. La raison est en tension entre ces deux usages, entre sciences et métaphysique. Dans sa forme kantienne, cette dualité se traduit par la différence entre entendement et raison. Kant parle souvent de la voie sûre de la science, les mathématiques par exemple, pour l’opposer au champ de bataille de la métaphysique. La raison a du succès sous la forme de l’entendement qui, par son usage discursif, établit une science de la nature. En référence à Platon, ce n’est que comme dianoïa, comme raison discursive dans l’ordre de l’entendement, que la science est possible. Pour Kant, la métaphysique est une disposition naturelle de la raison. La raison est par nature métaphysique avec un objet naturel et particulier, l’inconditionné.
Le Quattrocento : l’infini dans l’art Les maîtres de l’art italien entraînent notre regard vers le lointain. L’infini est en actes. Il n’est plus uniquement potentiel, comme au temps des Grecs. La perspective est née. Avec elle, le point de fuite, l’illusion de la profondeur ouvre la porte vers l’infini. Le point de fuite est un point vers lequel convergent plusieurs lignes dites « de fuite » ou « fuyantes ». Ce point entraîne le regard vers l’infini.
Descartes : l’encyclopédie, une volonté d’infini ? Encyclopédie ( encyclopaedia ) : la totalité du savoir réunie en une boule. Si l’homme n’a jamais la totalité immédiate du savoir, s’il lui faut sans cesse progresser pour atteindre la vérité, peut-il vraiment prétendre à l’idéal d’infini ? Il éprouvera malheureusement toujours sa propre déficience.
Descartes : L’infini, un indéfini ? Et si Dieu voyait des limites là où nous n’en voyons pas ? Et si tout ce que l’on prend généralement pour un infini n’était en fait qu’un indéfini pour nous ? Et si Dieu seul était l’infini ? N’est-il pas la positivité parfaite, l’absence de limite ? Le perfectum, l’être parfait …… L’infini est réservé à Dieu seul, absolue positivité de l’idée d’infini. C’est toute la différence avec l’idée d’indéfini. Le véritable infini est en actes, il n’est pas potentiel.
Platon : Euthyphron le philosophe dans la cité Euthyphron est devin dans la Cité. Il est le plus connaisseur en matière de religion. Et pourtant, il ne peut pas savoir ce qu’est la piété. Ce n’est pas à lui d’y penser. En tant que devin, Euthyphron a une connaissance spécialisée mais il n’a pas à penser cette connaissance. Celui qui pense les connaissances, c’est le philosophe. Pour faire le lien entre toutes les connaissances spécialisées, il faut une personne qui pense leur invention. C’est le rôle du philosophe dans la Cité. Il a une autre forme de connaissance que les connaissances et les savoir-faire spécialisés. Platon nous donne ainsi une définition de ce qu’est un philosophe et de ce qu’il n’est pas.
Spinoza : l’idée de substance une, infiniment infinie, exclut totalement la notion de création Pour Spinoza, il n’y a pas de substance créatrice à partir de rien. Puisqu’il n’y a pas de néant, il n’y a pas de degrés d’être ou de perfection. Il n’y a pas de commencement qui se rapporterait à une ligne de temps. Il n’y a pas de miracle, pas de transcendance, pas de finalité. Spinoza refuse l’anthropomorphisme, lequel est le centre de la superstition et des passions tristes. La perfection est la puissance, c’est-à-dire l’essence en acte d’une chose singulière. Spinoza : l’idée de substance infiniment infinie exclut totalement la notion de création
Spinoza : l’infiniment infini n’est pas transcendant Pour Spinoza, l’infiniment infini, l’absolu, Dieu n’est pas transcendant, ni à l’ordre des choses existantes, ni à l’homme. Il n’est pas ce qui soutient les choses. C’est une totalité infinie, c’est-à-dire que rien n’est en dehors. La substance, Dieu, est cette totalité immanente. Rien n’est ni n’est concevable en dehors de la substance. Il n’y a qu’une seule substance infiniment infinie. Elle comporte des attributs en une infinité de modes. C’est une seule substance infiniment infinie, Dieu, la nature. La substance comprend tout. Tout est compris dans la substance. Mais il ne s’agit pas d’un panthéisme car Spinoza ne prétend pas passer directement l’infinité infinie à chaque chose particulière. Spinoza : l’infiniment infini n’est pas transcendant
Pascal : les deux infinis Pascal utilise les deux infinis, que lui proposent les sciences de son temps, pour situer l’homme dans l’univers et pour lui faire prendre conscience de sa situation face à la grandeur de la Création. L’homme est limité, limites au-delà desquelles Dieu est nécessaire, éternel, infini. Il n’y a pas de révélation, mais découverte d’un chemin. L’homme est voué à l’impasse s’il veut définir l’être, cependant il cherche.